La première intervention à laquelle j'ai assisté a été celle de Philippe Boyer, dirigeant de la structure Idéal-connaissances.

Il propose son retour d'expérience de l'animation de communautés.  De ce que j'en comprends, sa structure intervient beaucoup en support aux collectivités territoriales ou aux services de l'administration. Il cite l'exemple des pompiers qui est apparemment une de leurs plus belles références, autour d'une solution déployée en partenariat avec CYO, si j'ai bien compris.

On retrouve dans son intervention tous les ingrédients qui sont en général au menu quand on parle de communautés :

  • confiance
  • appropriation par les membres
  • rôle de l'animateur

Au-delà de ces mots, ce qui est intéressant c'est ce qu'il met derrière et les quelques pistes qu'il donne pour arriver à la confiance et à l'appropriation.

Ainsi, concernant la confiance, je note, par exemple, que selon les cas, les gens, les problèmes posés ou les discussions en cours, il doit y avoir des espaces privés, réservés à un groupe ou à un autre et des espaces publics. Ce partage entre espaces publics et privés est récurrent chez les gens qui s'expriment sur le fonctionnement de communautés. En reprenant les mots de Martin Roulleaux Dugage sur le sujet, il y a la machine à café, mais il y a aussi les salons privés.

Concernant l'appropriation, il constate l'apport formidable du Web2.0 dans ce domaine, par la facilité à prendre en main les nouvelles plates-formes disponibles et la facilité à communiquer sur le net, quels que soient les outils utilisés. Mais l'essentiel est ailleurs et là aussi, il rejoint un discours entendu ailleurs : l'appropriation ne se fait et n'est bonne qu'à partir du moment où tout le monde y trouve son compte, donc si la communauté est un espace où je donne quelque chose, certes, mais où je reçois également, où je peux m'enrichir.

Enfin, il insiste, là-aussi comme d'autres, sur le rôle central de l'animateur. Il va même très loin dans le domaine puisque, pour lui, animateur de communautés c'est un métier à part entière. Il ajoute même une qualité essentielle de l'animateur : c'est quelqu'un dont la raison d'être est de rendre service...

Pour lui, la valeur du réseau se traduit par une reconnaissance par les pairs et surtout, par une plus grande rapidité de résolution des problèmes.

La structure qu'il anime propose des interventions un peu sur le mode du maître d'oeuvre. A partir d'un besoin identifié, ils créent la communauté, mettent en place les outils et vont jusqu'à l'animer les premiers temps. Ensuite, l'adhésion et l'accès aux moyens de la communauté peut se faire sur la base d'un abonnement.

A la question "Qu'est-ce qui a décidé vos clients à payer pour continuer à faire vivre ces communautés ?", il répond que ses clients se basent sur les premiers résultats obtenus, sous la forme des services qui ont déjà été rendus. En précisant un peu, cela veut dire qu'il a accepté d'investir en "avant-vente". Concernant les pompiers, il dit avoir investi à hauteur d'une personne (animateur de la communauté) à temps plein pendant 10 mois.

Tout ceci m'amène à revenir sur l'interrogation (l'inquiétude ?) de Xavier Aucompte de b-r-ent. Il évoque ce qu'il appelle la maladie de l'aquarium. Je ne sais pas si je saisis bien l'image, mais je suppose que cela signifie que, comme les poissons dans l'aquarium meurent quand on ne leur apporte pas d'oxygène, la communauté meurt quand elle n'est pas animée.

Certes, la vie serait plus facile s'il en était toujours autrement. Mais on peut faire l'analogie avec les associations, qu'elles soient de quartier ou de plus grande ampleur. Pour avoir participé à la vie de plusieurs d'entre elles, je constate que la fatigue vient aussi lorsque les membres ne se renouvellent pas. D'ailleurs, est-ce qu'on ne dit pas souvent qu'il faut "apporter du sang neuf" ? Finalement, l'enjeu de la survie de ces communautés, comme pour les associations, n'est-il pas de savoir trouver de nouveaux membres, puis parmi ces membres de nouveaux animateurs, formés par les anciens ? Si on part de ce postulat, alors l'intervention d'un animateur externe à la communauté pourrait être comprise comme un tremplin, une façon de démarrer l'aventure et de former les futurs animateurs internes à la communauté.