03 février 2008
Segmentation aux limites de l'humain
J'ai regardé, hier, le premier match du tournoi des 5 nations entre l'Irlande et l'Italie. A cette occasion, je me suis demandé pourquoi il n'y a pas d'accident cardiaque dans le rugby (après recherche, il y a eu un argentin avant la coupe du monde) comme il y en a dans le foot (voir un dossier de l'équipe sur ce sujet, mi janvier 2008) ?
Cette question en rejoint une autre pour moi, dont le lien au premier abord en sera pas évident, je vous l'accorde. Pourquoi il y a autant de suicides au technocentre Renault et surtout pourquoi font-ils autant la Une ?
On a effectivement là des cadres et ingénieurs à fort potentiel comme on dit ! Des gens qui aiment passionnément ce qu'ils font, je n'en ai aucun doute ! Des gens que l'on a probablement pas besoin de motiver. Pourquoi alors la justice qualifie-t-elle les suicides de harcèlement ? Et pourquoi tout le monde s'accorde-t-il pour dire que le terme est impropre mais qu'il n'y a pas mieux dans le langage juridique ? Cette analyse est une vue très exérieure au problème, mais ce n'est pas ça qui m'intéresse.
De la même manière pour les fouteux. On a là des gens qui sont suivi médicalement depuis des années. Qui ont accès aux examens et aux thérapeutiques les plus pointus. Et pourtant !
J'ai l'impression qu'on applique à l'humain : le corps humain, le fonctionnement neuronal humain, les règles du workflow et de la gestion de projet. L'homme est devenu un objet que l'on peut mettre en projet et que l'on peut segmenter en unité élémentaire.
Avant, au bon vieux temps du taylorisme, on considérait le produit (une voiture, un match de foot) et on tentait d'optimiser les tâches permettant sa réalisation. Le centre de l'attention était le produit. Aujourd'hui l'unité élémentaire n'est plus la tâche mais la fonction humaine permettant la réalisation de la tâche. On automatise d'une part et on segmente la fonction de l'autre. Et ensuite on va coder ce segment comme l'on code un ordinateur.
Un fouteux doit avoir le quadricep alongés, les fibres musculaires doivent être de telle manière (aucune idée du fonctionnement, c'est juste un exemple !). Un knowledge worker doit avoir un fonctionnement cérébral optimisé, le cortex gauche doit recevoir tant d'influx, les différentes zones à convoquer recevront tant d'artropine (???) etc.
Dans les deux cas, l'optimisation des fonctions touche au temps. La tâche, on pouvait l'arrêter après ses huit heures de boulot. Le codage d'une fonction humaine, non !
Dans les deux cas, on abolit la séparation travail / personnel pour ne créer qu'un temps continu implacable (on ne peut pas s'échapper de soi-même comme on peut s'échapper du travail) et sans respiration.
Je crois beaucoup à cette notion de respiration, ce temps de la lune, défini comme un moment de calme, à la fois réparateur, d'échange (la machine à café), réflexif et créateur. N'oublions pas que dans une respiration, il y a toujours une inspiration. C'est, je crois un temps incompressible de l'humain. Et c'est sur ce temps-là que le codage fonctionnel prend la meilleure part.
Que va-il se passer maintenant ?
"De son côté, la direction de Renault a lancé mi-mars un plan de soutien
aux équipes de ses centres d'ingéniérie, assorti fin septembre de
«mesures sur la maîtrise du temps de travail»." (cf. L'article du Parisien)
"Le ministère de la Santé, de la Jeunesse et des Sports a lancé samedi un appel pour inciter à généraliser l'installation de défibrillateurs dans les enceintes sportives, au lendemain de l'accident cardiaque dont a été victime le défenseur de Niort Marco Randriana à Sedan." (cf ici)
On peut y croire ! Mais les rustines ne peuvent rien contre les défauts de fabrication !
Ceci étant, je vois trois pistes :
- La généralisation du codage fonctionnel à l'ensemble de la société et la fin du temps de travail au profit d'un temps continu sans respiration. Les syndicats, va falloir vraiment travailler maintenant sur le temps du travailleur !!!
- la généralisation du codage fonctionnel et son automatisation à l'ensemble de l'humain
- l'arrivée des nanotechnologies !
Au fait, avez-vous vu la pub sur un match de foot virtuel avec des androïdes ayant des jambes gazello/mécano/électro/nanotechnologique fonctionnellement reconnaissable MAIS plus humaine.
Je crois qu'on a atteint les limites de l'humain et qu'on va passer à autre chose.
Et j'ai peur !
Commentaires
Merci Richard pour ce billet !
Tu poses les bonnes questions qui me turlupinent aussi ... Le slide en lien que tu donnes est très intéressant. L'homo documentus numérisé, c'est le rêve des cogniticiens (fous ?). La mémoire humaine est conservée ( à jamais ?) dans les tuyaux, une seconde après la numérisation et c'est déjà de la mémoire, mais qui ne peut plus s'échapper. Ce qui est dit ( écrit, photographié, etc ...) est figé en 0 et 1. Et ce ne sont plus seulement les experts, les artistes, les génies, les écrivains, c'est monsieur tout le monde qui rentre dans la grande mémoire. Lire "Totalement inhumaine" de Jean-Michel Truong, c'est passionnant et effrayant !
Pas étonnant que tout le monde se dise "mais où va-ton ?", c'est que l'on ne le sait plus. La grande mutation est en marche ...
A propos du travail, du KM et autre intelligence collective via les réseaux numériques ( hein, ça vous dit quelque chose ?), je remarque aussi que sous les discours, d'ailleurs souvent bien intentionnés, que peu se posent ces questions, d'ordre, disons, philosophique. Une fois le workflow mis en marche, l'ordre des flux établis, pas question que ça s'arrête. Même si l'homo numérus n'est pas devant son ordi, la vie continue dans le cyberespace avec nos propres impulsions et notre mémoire encryptée et archivée. Alors, oui, cela change énormément nos perceptions face au temps, à l'espace et aux autres, et notre rapport au travail.
Enlevez l'ordi à quelqu'un qui s'y est plongé depuis quelques années, qui interagit avec les autres (comme je le fais là)par voie numérique et vous lui enlevez une partie de sa vie. Et si c'est un knowledge worker, avec son travail portatif, accessible de n'importe quelle connexion, comment fait-il pour s'extraire de la machine travail ? Il va sur Facebook se détendre (mdr) ? Mais son collègue de travail ou supérieur est aussi là. Les cercles d'entreprise se mettent partout dans second life et ailleurs. Dès qu'un nouveau joujou de réseau social se met en place, l'entreprise débarque ...
Le pseudo, l'anonymat est à mon sens très important à sauvegarder. La transparence totale sur Internet est un piège.
Mais il ne faut pas désespérer, des réseaux souterrains se mettent en place, des espaces privés, c'est sur cela qu'il faut tabler maintenant. Et donc être très vigilant sur les lois qui se mettent en place à ce sujet.
Mais le danger est là, car par sa soif de reconnaissance presque infini, c'est l'être humain lui-même qui se piège. Il veut être lu, vu, reconnu et Internet est l'espace qui permet cela, pour tous. Avec le téléphone portable, la question est "où est-tu ?", avec l'ordinateur de plus en plus la question est "que fais-tu ?". Tout savoir sur tout et tous à tout moment, voila le grand fantasme !
On devrait organiser des minutes de silence sur le net, ça peut se mettre en flux de données, ça ? lol
Allez, je me tais, je vais aller respirer un peu, même s'il ne fait pas beau et froid dehors ( tu vois, tu sais même le temps qui fait chez moi aujourd'hui, mieux que la météo nationale ...)
Tes interrogations, Richard, ainsi que d'autres lectures qui ont convergé au même moment m'ont poussé à ouvrir un blog. Sortir de l'enthousiasme béat sur toutes les nouvelles technologies pour essayer de penser l'humain, se poser un peu et voir ce qui se prépare ou ce qui est déjà là, trier ce qui peut faire projet de société et nous rendre plus humains ou ce qui peut nous effacer et nous faire sombrer humainement parlant !
http://www.reglesdejeux.com/
bé te voilà dans mon agrégateur.
j'ai survolé un peu. J'ai vu l'article sur la main, il faut que j'aille le lire plus en détail
la fin des records du monde
Dans un article du monde, (http://www.lemonde.fr/aujourd-hui/article/2008/02/06/sport-la-fin-des-records-du-monde-en-2027_1008138_3238.html?xtor=RSS-3242)
A priori, un record est fait pour être battu. Et pourtant, dans quelques années, la moitié des records du monde enregistrés dans cinq disciplines olympiques (athlétisme, natation, cyclisme, patinage de vitesse, haltérophilie) ne seront plus améliorables de façon significative.
Une équipe de l'Institut de recherche biomédicale et d'épidémiologie du sport, partenaire de l'Inserm, a publié mercredi 6 février, l'analyse des 3 623 records du monde homologués dans ces cinq disciplines, établis entre 1896, année des premiers Jeux olympiques de l'ère moderne, et aujourd'hui.
Le modèle statistique mis au point par l'équipe coordonnée autour de Jean-François Toussaint de l'Inserm prévoit que les limites physiologiques de l'espèce humaine seront atteintes dans une génération, soit en 2027. L'analyse épidémiologique de l'évolution annuelle du nombre de records du monde observe une importante régression depuis près de quarante ans (1968-2007). En 2007, les records ont atteint 99 % des "limites" estimées par le modèle statistique. Selon celui-ci, et considérant que les conditions physiologiques présentes vaudront pour les vingt prochaines années, la moitié de ces records seront alors établis à 99,95 % de leur valeur limite.
Ainsi, courir le 100 m plat masculin en moins de 9 sec 67 sera quasiment impossible."
Mais heureusement, la thérapie génique veille
Lu sur la Lettre d'information du réseau santé et sécurité au travail, "Le monde du travail confronté à de nouveaux risques psychosociaux" [http://www.metier-securite.fr/TPL_CODE/TPL_NWL_ART_FICHE/PAR_TPL_IDENTIFIANT/13525/194-lettre-securite-du-travail.htm]
Un rapport publié récemment par l'Observatoire européen des risques (OER), une organisation relevant de l'Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (EU-OSHA), indique que l'apparition de technologies, de matériaux et de processus de travail nouveaux, au cours des dernières années a entraîné l'émergence de risques psychosociaux inquiétants. Les changements qu'ont connu les environnements professionnels auraient conduit à une forte augmentation du niveau de stress et engendré une détérioration grave de la santé mentale et physique des salariés.
Selon Jukka Takala, directeur de l'Agence, les nouvelles formes de contrats de travail, la précarité d'emploi, la violence au travail, le déséquilibre qui s'est installé entre vie professionnelle et vie privée, de même que l'intensification du travail et les fortes exigences émotionnelles qui y sont liées, ont considérablement affecté les salariés, et ce, à l'échelle de l'Europe. En 2005, 22 % des travailleurs de l'Union européenne disaient être affectés par le stress professionnel, et plusieurs études ont démontré que, bon an mal an, entre 50 % et 60 % du nombre total de jours de travail perdus y sont liés.
Mentionnons qu'en avril 2008, l'EU-OSHA tiendra à Bruxelles un atelier de réflexion qui réunira, notamment, des décideurs politiques de l'Union européenne et des représentants des employeurs et des travailleurs. Les participants pourront y discuter de la manière dont il convient de lutter contre les risques psychosociaux émergents. En outre, l'Agence prépare une vaste étude prévisionnelle sur le contrôle des lieux de travail et sur les changements sociaux et prévoit mener, en 2009, une enquête auprès des entreprises des 27 États membres de l'UE. Cette enquête aura pour but de connaître la manière dont les organisations gèrent les risques psychosociaux, et de déterminer le type de soutien dont ces dernières ont besoin pour les gérer efficacement.
Source : Publi-news.fr, le 7 février 2008
C'est ce qu'on appelle de la pressurisation, suivi de pétage de plomb. C'est quand même curieux ... Serait-ce lié au fait que nous ayons utilisé des outils numériques plus performants avant d'avoir changé les mentalités ? D'où la pression ? Etre superman ou superwoman en permanence, c'est dur. Vraiment, il va falloir l'inventer cet "outil" qui dit stop " laissez-moi respirer aujourd'hui, c'est ma faiblesse, ma vulnérabilité humaine que je vous offre, je me soustrais à vous ..."
Et avec cette nouvelle technologie, "quand le corps humain devient fournisseur de données"...
http://tinyurl.com/38xpfk
serons-nous moins stressés ou complètement lobotomisés ?
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