Les Anciens du DESS CVIR sévissent encore

Les anciens du DESS CVIR (Limoges) s'intéressent aux technos du Web, aux communautés virtuelles et à l'intelligence collective et en parlent

12 décembre 2007

Retour sur investissement - ça se calcule comment ?

Ceci fait suite à la lecture d'un billet de Bertrand Dupperrin, paru ici. Le thème, qui revient souvent dans les discussions autour du web 2.0 en particulier et des technos web en général, c'est le retour sur investissement. Mais le billet de Bertrand m'a fait repenser à des travaux sur ce thème que nous avions conduit, il y a une dizaine d'années, avec un directeur financier - professeur d'économie. Son idée était de développer un petit outil qui nous permettrait d'aider nos clients à faire un calcul complet et raisonné du ROI de tel ou tel investissement, qu'il soit informatique ou non, d'ailleurs.

Pour lui, il y avait deux types d'investissements pour lesquels il était intéressant de calculer le retour attendu :

  • les investissements de capacité (je construis une nouvelle unité de production)
  • les investissements de productivité (je vais faire plus avec les mêmes moyens, ou je vais produire moins cher, ou je vais gagner sur les matières premières, ou ...)

Il mettait dans la balance les coûts complets, en + comme en moins. Et m'avait dit qu'un calcul de ROI qui prend en compte le fait qu'on va gagner l'équivalent de 3 personnes pour faire tourner la machine alors qu'on sait très bien qu'on ne va licencier personne n'est pas un bon calcul.

Pour présenter les résultats, il proposait plusieurs vues différentes, avec des calculs différents :

  • Le calcul de la Valeur Actualisée Nette, en gros la valeur de l'investissement à terme, en tenant compte de l'actualisation monétaire
  • Le calcul du Pay-back, qui est celui que nous avons le plus de facilité à appréhender puisqu'il définit au bout de combien de temps nous sommes "rentrés dans nos frais"
  • Le calcul de l'Indice de Profitabilité, qui est le rapport entre le cash-flow actualisé, à terme, et le montant initial de l'inestissement
  • Le calcul du Taux de Rentabilié Interne, en gros le taux d'intérêt auquel nous aurions placé notre argent s'il s'était agi d'un placement financier
  • Le calcul de la rentabilité des capitaux engagés, calcul effectué à terme
  • Le calcul de la création de valeur, en gros l'équivalent des intérêts perçus s'il s'agissait d'un placement financier.

Voici un exemple de ce que ça pouvait donner :

Restit_roi_p1

Jusqu'ici, rien de nouveau sous le soleil et tout ceci est très financier. Mais sa démarche tenait compte aussi de certains facteurs qui ne sont pas forcément quantifiables. Par exemple, un facteur de qualité ou des situations où la réglementation impose le changement.

Et il disait qu'il fallait toujours comparer plusieurs scénarios, qu'il appelait pessimistes, optimistes, raisonnalbes ou autres qualificatifs, et qu'il y en a au moins un qui est facile à décrire, c'est celui où on ne fait RIEN : combien ça va me coûter si je ne fais RIEN.

Certes, cette démarche reste économique, mais elle a au moins le mérite de ne pas s'arrêter à une seule vision du ROI, ce qui est très réducteur, et de permettre ensuite à un décideur de prendre des risques en toute connaissance de cause.

Tout en sachant que de très belles réussites sont parties d'une idée dont on disait que ça ne marcherait jamais, parce qu'il arrive aussi que l'idée crée le marché.

Posté par Anne_W à 22:38 - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

et la REINE ?

RE.I.N.E = Retour Espéré d'Investissement pour une Nouvelle Entreprise

La grande question, comme tu le soulignes, est : "Et si je ne fais rien, ça va m'apporter quoi ?"
Cela me fait penser aux années 80, quand toutes les petites PME informatisaient les systèmes comptables, et surtout aux retardataires. Je ne suis pas bien sûre que toutes ont demandé une estimation du ROI à l'époque ... Sous la pression de jeunes comptables, sous la pression des concurrents ( tu as vu le garage machin truc vient de s'informatiser, ils gagnent un temps fou dans la facturation), et sous la pression de l'air du temps ( sans informatisation, la boite ne sera pas viable à long terme), tous s'y sont mis !

Quand on verra donc de plus en plus d'entreprises fonctionner très bien avec les outils web2.0, il est possible que par imitation et pour la survie, ça suive partout. Et on ne demandera alors presque plus le ROI.
C'est quand c'est nouveau et que justement on ne sait pas bien l'appréhender que l'on a besoin d'indicateurs. Et il me semble ahurissant que l'on garde encore ces systèmes de calcul "rationnels" pour des investissements qui traduisent plus un changement qualitatif que quantitatif.
Mais cela est certainement dû à la structure même de l'entreprise, fiscalité, comptabilité, rendement, progression du bénéfice, etc ... Impossible d'échapper à ces règles. Alors, ça tiraille et on a peur ... normal !
Heureusement on peut décliner le ROI à l'infini et intégrer divers types de calcul et d'indicateurs, notamment le cheptel, heu, le capital humain. C'est ceux que beaucoup s'évertuent à faire passer comme message. "N'oubliez pas l'humain dans les calculs, il contribue à la progression des chiffres !" Et dans un sens, c'est vrai.
Question : est-ce que les structures fondamentales actuelles de l'entreprise peuvent permettre d'investir plus sur ce capital humain ? Ou plutôt, est ce que le capital humain peut se fondre dans les structures ? Ne faut-il pas changer aussi l'ossature ?
Et pour finir, si un jour, l'humain commence à devenir l'indicateur le plus important et si c'est l'humain qui "fait" pour et en fonction de l'humain avant les chiffres, alors on pourrait appeler le ROI, REINE !
Mais une Reine peut-elle se passer de Roi ? ;-)

Posté par Carole_F, 13 décembre 2007 à 18:44

Oops...vous allez toutes les deux beaucoup plus loin que moi sur cette réflexion.

Je pense finalement que la problématique financière (quel que soit le nom qu'on lui donne) se résume en un point : comment prendre en compte le fait qu'un investissement s'adresse à des activités ne visant pas à reproduire sans cesse la même chose à l'identique donc comprend une part d'imprévisibilté dans la définition du résultat qu'il vise à atteindre.

L'enjeu, en termes de performance, n'étant plus de reproduire sans cesse à l'identique et sans écart (en tout cas pour nombre d'activités), on peine à évaluer quelque chose qui n'est pas systématisable. Je ne parle pas de l'humain mais de ce qu'il produit, et comment, dans un contexte dématérialisé, orienté knowledge.

Après on appelle ça comme on veut mais en tout cas c'est un paramètre qu'il va falloir apprivoiser.

Posté par Bertrand, 14 décembre 2007 à 19:27

Ah oui, Carole, ton histoire de génération, cela me fait penser à tout ce qu'on lit en ce moment sur ce que les anglos saxons, les premiers, ont appelé la génération Y et la question que tous se posent, c'est : que va-t-il se passer quand la génération Y, qui est née avec la technologie, Internet, la messagerie, le portable, txitter et les blogs va se mettre à travailler ? Comment et surtout combien de temps cont-ils accepter d'être privés dans leur travail des outils dont ils se servent tous les jours ? Tout ça à cause d'un proxy à la c... ? Voilà, peut-être sommes-nous proches de la fin des PALC !

Pour revenir à nos moutons, il y a vraisemblablement un jour où on ne nous demandera plus quel est le ROI sur certains projets de type collaboratifs, parce que cela sera devenu évident. C'est d'ailleurs ce qui est en train de se passer aujourd'hui avec les intranets et c'est intéressant. Il n'y a plus grand monde aujours'hui pour nier l'intérêt d'un intranet. Toutes les entreprises s'y sont mises ou s'y mettent. Par contre, il y a encore de grandes disparités sur les contenus proposés, quelque part entre collaboratif, référentiel qualité ou vocation comm. L'intranet 2.0 n'est pas encore né et la question du ROI s'est déplacée de l'intranet vers les espaces collaboratifs. Certains esprits chagrins y ajoutent même une pincée de protectionnisme sur le thème "Oui, mais, et la sécurité là-dedans..."

Et pour terminer sur le collaboratif, voici un des arguments entendu récemment pour rejeter l'idée d'un forum ou d'un wiki ouvert à tous, sans restriction : "Ben oui, mais s'il y en a un qui écrit dedans que le DSI est un con... Vous voyez bien qu'on ne peut pas laisser les gens faire n'importe quoi !" Comment peut-on se laisser prendre, ne serait-ce qu'une seconde, à un argument de ce type ? Alors que nous sommes dans un milieu où il est important de savoir qui sait quoi et qui sait faire quoi, donc où les contributions sont signées...

Posté par Anne_W, 14 décembre 2007 à 23:12

En plus Anne tu as aussi les arguments de l'univers para-public... Il revient de manière régulière : ah non, il faut que le responsable du service valide tous les contenus sur le wiki ! Vivi on me demande de mettre un workflow sur un wiki. A titre informatif, ce wiki ne serait accessible que depuis l'intranet après avoir tapé son login et son mdp... Je te laisse imaginer le nombre de contributions. J'ai du boulot pour les convaincre.

Philippe

Posté par filifab, 16 décembre 2007 à 12:03

okay, alors si le temps, c'est de l'argent, et que s'avère plus compliqué et plus long à mettre en place des workflows (surtout sur des wikis ... lol) et que c'est toujours plus long de se logger, de passer par l'intranet, etc ... pour arriver aux outils web2.0, alors le calcul financier n'est qu'un prétexte. Non ?
La peur, c'est la perte de contrôle, plutôt, non ?
Et si on raisonne encore sur cette base ( qui est peut-être erronée ?), alors le véritable enjeu de l'entreprise serait :
" Est-que j'aurai un ROI intéressant, si j'investis sur la perte de contrôle partiel ou total de mes employés ? Est-ce que ce capital immatériel qui va être créé va rester entre mes mains ou se diluer ?"
Parce qu'en terme d'outils web2.0, on peut dire que ce n'est pas le prix qui est en jeu ... Ce n'est pas grand chose à mettre en place. Le prix à payer est certainement tout autre, peut-être dans la formation des cadres dirigeants ?

Posté par Carole_F, 16 décembre 2007 à 16:26

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