J'ai profité de mes vacances pour lire un livre que j'aurais du aborder depuis longtemps, tout le monde me le disait et en particulier mon ami Philippe... C'est "Stupeur et Tremblements" d'Amélie Nothomb. Bon, alors, quel rapport avec ce blog ? Eh bien, quelque part, ce livre parle d'une certaine forme d'intelligence collective...

En fait, j'y ai retrouvé en le lisant tout ce que m'inspire le Japon, un mélange bizarre d'admiration et de répulsion, lié aux facettes multiples où se mêlent traditionnalisme et modernité, où les individualités se dissolvent complètement dans le collectif "entreprise", où faire preuve d'initiative relève de la faute professionnelle.

Manifestement, l'intelligence collective dont il est question ici n'est pas celle dont nous parlons habituellement dans ce blog... ou du moins ne se manifeste-t-elle pas sous une forme habituelle.

A lire ce livre, je comprends mieux comment le Japon peut inspirer des opinions si diverses : n'est-ce pas le pays de la qualité totale ? Des cercles de la qualité ? Des méthodes d'amélioration de la-dite qualité (5S, Kaizen et j'en oublie sont autant de mots japonais) ? Et en même temps, il suffit de lire la presse japonaise pour se rendre compte du nombre invraisemblable de malversations commises dans ces mêmes entreprises... généralement pour masquer une erreur commise ou couverte par un supérieur hiérarchique, histoire de ne pas lui faire perdre la face en révélant qu'il s'est trompé...

A défaut de travailler "avec" des japonais, j'ai travaillé quelques années "pour" des japonais. J'ai rarement vu autant de mauvaise foi, d'hypocrisie, de perte de temps... Et en même temps, une fois la mécanique lancée, ce collectivisme forcené qui fait qu'une fois la décision prise et la route tracée, rien ne peut plus s'opposer au rouleau compresseur qui s'est mis en marche, d'une rare efficacité parce que tout le monde rame alors dans le même sens, sans discuter.

A mon avis, le passage du livre le plus révélateur est situé tout à la fin, lorsqu'Amélie rencontre le grand chef pour lui présenter sa démission. Elle le fait sur le mode "J'ai été en dessous de tout, absolument pas à la hauteur, veuillez me pardonner" et lui, il lui répond quelque chose de ce style : "Amélie-san, vous savez bien que ce n'est pas vrai, d'ailleurs votre collaboration avec M. X l'a montré. Vous êtes simplement tombée à un mauvais moment"
Je trouve que là, tout est dit : le patron savait ce qui se passait et je dirais même pire, il savait qu'il gâchait un talent... et pourtant, il n'a rien fait et rien dit !

Intelligence collective, vous avez dit ?

Et pourtant, ce système présente aussi de grands avantages... En voici un petit exemple : si je vous dit qu'il faut trier vos déchets, et que vous avez à votre disposition 5 poubelles différentes pour le tri sélectif... Si je n'affiche pas sur les poubelles ce que vous êtes sensés mettre dedans, lorsque vous arrivez devant les 5 poubelles avec votre petit sac, vous faites quoi ? Il y a de grandes chances pour que :

  • soit vous mettez votre sac dans n'importe quelle poubelle (zut, après tout, ils n'avaient qu'à indiquer dessus ce que je dois mettre dedans)
  • soit vous mettez votre sac par terre, à côté des poubelles (zut, après tout, celui qui ramassera sait où cela doit aller et le mettra au bon endroit)

Eh bien au Japon, vous prenez votre téléphone portable, celui qui ne vous quitte jamais, vous appelez vos collègues, ceux qui savent ou alors ceux qui ont les fiches descriptives sous les yeux et vous leur demandez dans quelle poubelle vous devez mettre votre sac... Et vous le mettez dans la bonne poubelle, simplement parce que vous avez accompli quelque chose de collaboratif...

Alors, intelligence collective, vous avez dit ?